Collector of stuff

Dernièrement, j’étais à la Sala Rossa et j’y ai fait une rencontre intéressante… avec une machine distributrice. Au départ, je croyais que c’était un distributeur de cigarettes. J’observe d’un peu plus près et je m’aperçois que cette machine n’est pas habituelle. C’est de l’art à distribuer qu’il s’agit… J’avais déjà entendu parler du concept, je n’étais jamais tombée dessus, mais c’est toujours plus agréable quand c’est le hasard qui nous y mène. Un deux piastres, tu choisis ton bouton et c’est la livraison. Un petit paquet-surprise, « a work of art », et voilà, le plaisir de déballer un cadeau. J’y ai trouvé un petit livret très coloré rempli d’illustrations loufoques en sérigraphie. Voici les détails : tirage limité, 450 exemplaires, 2009, du titre Pelage Fauve, signé Mille Putois. Ça tombe dans les cordes de Massiv Art. Et dans les miennes aussi. Derrière Mille Putois, on retrouve le bédéiste et sérigraphe Simon Bossé. Je connais l’artiste, pour avoir vu certaines affiches qu’il a illustrées, dont celle du groupe Plants and Animals. J’aime la suite de petites images que mon livret contient; pour commencer, il y a deux tourtereaux, gros becs et yeux exorbitants, puis on passe à travers un bestiaire des plus surprenants pour terminer sur un citron qui se fait presser. C’est du régal pour les grands enfants.

Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi dans le paquet trois pièces de casse-tête. L’on y voit des morcellements de formes et de mots. C’est visiblement une partie d’un tout, donc le puzzle est incomplet. Vouloir obtenir tous les morceaux possibles et impossibles a été mon premier réflexe. Reconstituer le casse-tête pour aller au bout des choses. Littéralement vider la machine et par le fait même, vider mon porte-monnaie (!?). Quelque chose d’à la fois incertain et intrigant se dégage de l’expérience, puisque rien ne nous indique la manière précise de résoudre l’énigme. À la recherche d’une forme par le rassemblement des morceaux, on est gagné par cette idée d’une œuvre dans une œuvre. La machine distributrice se met aussi de la partie; elle est à la fois le médium, le lieu de diffusion, le financement et la vitrine. Elle distribue un souvenir de la soirée, un instant magique, une trouvaille pour ajouter à ma boîte aux trésors. Mais encore, elle permet de se rapprocher de l’acte naturel du collectionnement qui nous vient de l’enfance. Pensons à nos premières collections : les petites voitures, les macarons, les autocollants, les coquillages, etc.

Vous vous êtes reconnus dans ce récit? C’est tout à fait probable parce que cette machine se nomme Distroboto et existe depuis 2001 en plusieurs exemplaires postés dans différents lieux culturels à Montréal. Le mandat de Distroboto est « de donner une opportunité à des artistes émergent(e)s qui s’expriment sur différents supports artistiques de pouvoir se faire connaître et de vendre leurs œuvres au grand public. » Depuis les débuts, le réseau de distributrices a permis à plus de 300 artistes de la scène locale émergente de vendre plus de 20 000 œuvres! Visitez le site Internet pour plus d’informations. Vous pouvez même participer au projet ou connaître les lieux où l’on peut trouver une machine. www.distroboto.archivemontreal.org/?lang=fr

N’oublions pas que chacun des utilisateurs du Distroboto est susceptible de détenir une partie du casse-tête qui pourrait bien se joindre à celle d’un autre pour créer du sens. C’est pourquoi j’aimerais beaucoup être au fait de votre propre rencontre avec cette machine. Je pourrai ainsi me faire une idée du réseau que cela peut susciter. Je vous laisse mon adresse pour les témoignages isadora@massivart.ca

En ce qui concerne Mille Putois, on peut retrouver certaines de ses créations à la galerie-boutique Monastiraki située 5478 St-Laurent. Un endroit où on se sent bien de fouiner. À surveiller.

Si vous voulez en savoir plus sur sa pratique, voici un petit vidéo.

- Isadora !