ENTREVUE: TRIPTYQU3

Photo: M. Et Mme Untel

Triptyqu3, l’initiative des Montréalais Pierre-Marc Gauthier, Roxanne Doucet et Rachel Lebeau, est sans aucun doute un projet unique en son genre. Ces trois jeunes passionnés de mode ont créé une plateforme web qui fait mensuellement la promotion de la relève artistique québécoise en design de mode, photographie et stylisme. Chaque mois, un fashion film est créé avec la séance photo qui l’accompagne, et la magie se produit: les talents d’ici rayonnent dans un contexte toujours innovateur, toujours collaboratif. Triptyqu3 détonne dans le milieu restreint de la mode québécoise en donnant une voix aux nouveaux venus et en ouvrant la voie à de nouvelles avenues créatives. Entretien avec Roxanne Doucet, dont l’ambition et l’enthousiasme porteront à coup sûr Triptyqu3 vers les plus hauts sommets.

Comment le projet Triptyqu3 a-t-il démarré?

On trouvait que c’était très difficile pour les designers de percer. Ils n’ont pas d’argent, ne savent pas par où commencer ni comment se promouvoir, n’ont pas de base en marketing… On s’est dit qu’on allait les promouvoir. Puis on s’est rendus compte qu’il y avait aussi les stylistes et les photographes qui commencent et on a eu l’idée du triptyque designer-photographe-styliste et de faire travailler les gens ensemble. Le marché est petit, c’est toujours les mêmes équipes qui reviennent et donc toujours la même image. Au début, c’était surtout un trip, on ne savait pas où ça allait mener. On a tous les trois des expériences très différentes : Pierre-Marc faisait surtout de la rédaction à Paris, Rachel est plus « marketing » et moi, un peu des deux. De fil en aiguille, le projet a grossi et est devenu une plateforme sérieuse.

Photo: Brian Yppercel

Où en êtes-vous dans le projet présentement?

Nous sommes en restructuration. Il y a beaucoup de choses que nous voulons améliorer afin d’amener le projet à un autre niveau. On a besoin de bénévoles et de gens qui croient en notre vision, et je pense qu’on a de bonnes réponses de ce côté. Je pense que si nous continuons à évoluer aussi rapidement – ça fait seulement un an et demie que Triptyqu3 existe de la manière qu’il le fait aujourd’hui – ça devrait bien aller.

Photo: Mathieu Fortin

Quelles-sont les limites de la mode en tant que médium ?

Je pense qu’il n’y a pas vraiment de limites tant que c’est créatif. Notre force à Triptyqu3, ça a été de développer le fashion short film, qui était presque méconnu au Québec mais qui se faisait déjà beaucoup ailleurs. Le fait de voir la mode en mouvement ne se faisait pas beaucoup ici. Ça demande énormément d’organisation, et nous on le fait avec très peu de moyens. Une de nos forces est d’être capables de rendre un produit de qualité, professionnel, avec très peu de moyens.

Visionner la vidéo: Funny Games par Jessica Lee Gagné et Michel Beauchemin pour Triptyqu3

Pourquoi la vidéo de mode est-elle aussi populaire?

Elle montre un aspect vivant de la mode et c’est une autre manière d’expérimenter un photoshoot. C’est aussi très facile à partager sur le web et ça devient facilement viral, donc c’est un excellent moyen de promotion.

Visionner la vidéo: Polaire par Foumalade pour Triptyqu3

Comment réussissez-vous à travailler avec autant de mannequins?

On fonctionne beaucoup avec échanges de visibilité. Les agences sont toujours très contentes d’avoir des produits de qualité pour le portfolio de leurs mannequins. C’est important pour les agences de comprendre que nous sommes la relève, de s’ouvrir à notre mentalité et notre philosophie. Ce sont les agences qui nous ont aidés à percer en nous faisant confiance à nos débuts. On a fait nos erreurs, on a exploré plusieurs avenues et appris « sur le tas », et je pense qu’aujourd’hui on est beaucoup plus solides.

Photo: Three Lines & a Box

Quels artistes vous inspirent-ils?

Craig McDean et Steven Meisel au niveau de la direction artistique. On s’est beaucoup inspirés d’eux depuis le début de Triptyqu3 et on a une facture visuelle qui est assez futuriste, comme eux. Cependant, on reste ouverts à d’autres options créatives.

Vous êtes aussi allés à la semaine de la mode de New York… c’est comment?

C’est un autre monde complètement. C’est la deuxième saison que nous y allions : on écrivait en français pour Paper Doll Magazine, un magazine New-Yorkais. On a vu Charlotte Ronson, G-Star, Denis Basso, BCBG, et plein de petits designers émergents.

Photo: Jimmi Francoeur

Tu vas d’ailleurs à Paris bientôt avec ton collègue Pierre-Marc…

Pierre-Marc a vécu treize ans là-bas et a travaillé pour Vogue et Stiletto et a vraiment de bons contacts là-bas. On va essayer d’amener Triptyqu3 là-bas, d’y observer le marché et peut-être de ramener certains éléments ici.

Qu’est-ce que tu aimes de la mode?

J’ai toujours aimé ça. J’ai été dans plusieurs domaines, j’ai toujours écrit, j’ai fait des critiques pour des shows de musique…C’est un beau hasard que je travaille en mode parce que je ne m’enlignais pas vraiment là-dessus et ce n’est pas là-dedans que j’ai étudié. En ce moment, je suis en plein dedans et ça me fait tripper. Je crois beaucoup en la mode et je collabore avec deux personnes qui y croient beaucoup aussi.

Photo: Alexandre Denomay

Est-ce qu’il y a des éléments que tu n’aimes pas de la mode?

À l’international, c’est difficile d’y faire sa place. Si on regarde Paris, par exemple, le marché est saturé. Ici à Montréal, le marché est petit, mais on devrait donner la chance à plus de gens. C’est certain qu’il y a beaucoup d’organismes qui oeuvrent à promouvoir la mode d’ici mais qui ne font pas nécessairement la différence. Si on peut lancer des gens comme Natasha Thomas ou Marie-Julie de Sève, qui sortent de l’école, c’est gratifiant. Je pense que les gens sont reconnaissants, mais c’est un milieu où les choses sont éphémères et où les gens ont de gros égos. Je pense que malgré le fait que ce que nous faisons ne peut pas plaire à tout le monde, les gens apprécient nos initiatives.

Photo: Maxyme G. Delisle

Où voulez-vous amener Triptyqu3?

C’est certain qu’on aimerait amener ça à l’international. On aimerait aider le talent montréalais à se faire connaitre et à s’exporter dans les grandes capitales de la mode, toujours dans une optique de collaboration. On a toujours incité les gens à travailler ensemble et à proposer leurs idées. On aimerait aussi continuer à évoluer tout en restant avant-gardistes et devenir une référence en mode, avoir nos propres bureaux et diriger une équipe de gens passionnés. Et on vise également à développer un volet corporatif au projet.

Site web de Triptyqu3
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BELO

L’artiste Belo crée des oeuvres spectaculaires et intuitives en trois dimensions composées de fils de nylon, de peinture acrylique et de canevas de coton. Le résultat doit absolument être expérimenté en vrai afin de goûter à l’aspect sculptural de ses toiles: les matières s’additionnent et se superposent afin de créer des images impressionnantes inspirées de la nature et des humains. Un coup d’oeil sur ses créations suffit à deviner toute la minutie et l’ardeur nécessaires à leur élaboration. Originaire de Saint-Marc-sur-Richelieu, Belo met effectivement des centaines d’heures à la réalisation de chaque oeuvre et s’est vu décerner le Prix du Jury lors du Festival International Montréal en Arts (FIMA) 2010. Il a exposé à Montréal, à New York et en Espagne.

Il est présentement possible de voir les oeuvres de Belo au Loft Kalibre/Shooga (6334-A Saint-Hubert, 2ème étage), ouvert au public en semaine 10h à 17h.

Site Web de Belo
Site Web de Kalibre

ENTREVUE: DANNY G. TAILLON

Derrière les photos de Danny Taillon se cachent des histoires insoupçonnées et un réel désir de faire ressentir. Étudiant en photo à Concordia et capteur d’images à temps plein, il amène sous nos yeux des petits racoins de vie, à condition que ces derniers évoquent une ambiance digne de ce nom…

Depuis combien de temps fais-tu de la photo?

Officiellement, depuis l’été 2008, mais j’ai toujours fait de la photo quand j’étais petit avec un 35 mm. J’ai commencé à m’y mettre en 2008 après avoir lâché le Cégep en cinéma. J’ai réalisé que j’aimais vraiment plus les images fixes, et je me suis acheté mon premier appareil numérique.

Pourquoi n’as tu pas continué à prendre des photos en analogue?

J’ai toujours gardé le vieux Pentax K1000 de mon père. J’ai commencé à faire du digital sans arrêt à chaque jour. En ce moment, je dois avoir 85 000 photos dans mon ordinateur. Tu commences, tu te développes, tu te pousses un peu, tu prends de l’expérience et tu commences à savoir davantage ce que tu veux faire. Maintenant je n’ai plus de caméra digitale. C’est drôle parce que le 35 mm est vraiment devenu un trend de notre génération. Il y a des applications de iPhone qui reproduisent le style. Mais pour moi, le digital et l’analogue, ce sont deux choses différentes, comme une orange et une pomme. Pour manger une orange, je vais l’éplucher, je vais découper mes quartiers et je vais les manger. Une pomme, je vais juste croquer dedans. Le digital est comme une pomme, mais c’est trop facile. L’information numérique ne donnera jamais la qualité d’une reproduction mécanique.

Quel genre de photo aimes-tu faire?

J’ai fait un DEC en cinéma, j’ai toujours aimé l’ambiance et l’atmosphère du cinéma. J’aime les vieux films des années 50 en noir et blanc, un peu « dramatico-romantiques », avec la fille en noir et blanc et le gars avec son chapeau dans une ruelle…J’aime la grosse atmosphère cinématographique imprimée sur pellicule. C’est ça qui m’a attiré vers les atmosphères photographiques, et il y a toujours quelque chose de cinématique dans mes images. Il faut que ça dégage.

Est-ce qu’il y a des émotions qui t’interpellent davantage en photo?

Les émotions, en images, c’est overrated. Si une personne ne sourit pas en photo, le cerveau humain assume que la personne est triste. J’aime créer des atmosphères étranges et pousser les gens à essayer de comprendre la situation du sujet. Parfois, je me promène en vélo et je trouve des lieux que j’adore : j’essaie d’aller chercher comment je me sens par rapport à ce lieux-là, au moment où je me trouve dedans. J’ai fait un projet sur les cours d’école récemment; j’ai photographié plusieurs cours en une journée, en moyen format, il faisait terne sans soleil ni nuages et j’ai vraiment cherché des éléments graphiques. Quand je regarde le projet, c’est vrai que ça a l’air triste, mais c’est au second regard que ça m’a frappé.

Est-ce qu’il y a des émotions que tu n’aimes vraiment pas photographier?

Dans tous mes projets photo, le lieu, la lumière, les vêtements et les postures ne sont pas planifiés, et c’est cette spontanéité qui m’amène le feeling que je cherche. Lorsque je prends des gens en photo, je leur demande toujours d’adopter un visage neutre. Je n’aime pas l’action de musculairement bouger des choses afin qu’elles soient photographiées. Je n’aime pas sentir la planification, c’est trop. Sinon, je n’aime pas tellement les photos trop joyeuses, parce qu’il y a seulement de cela aujourd’hui. As-tu déjà vu quelqu’un sourire sur un portrait photo des années 20 ou 30? Je regarde les portraits de mes arrières grands-parents et je capote : c’est exactement ce que je fais en ce moment.

Surtout que l’acte même de prendre une photo équivaut à partager une certaine réalité avec le spectateur.

C’est encore drôle. Il y a du documentaire et de la fiction en photo aussi. J’ai fait une série en noir et blanc sur les frères et sœurs qui a l’air d’un documentaire à première vue, mais c’est de la fiction. Ils sont tous frères et sœurs en réalité, mais la relation que j’ai établie entre eux dans mes photos est fictive. J’ai transposé ma propre relation avec mon frère sur eux. Je voulais aller chercher toute la compétition qui s’établit avec un frère et une sœur dès la naissance. Qui est le meilleur pour les parents, qui va le mieux réussir sa vie… Ce sont tous des gens entre 20 et 25 ans, dans la période de leur vie où ils font le plus de choix et prennent le plus de décisions. C’est là que les tensions entre deux personnes très proches atteignent des sommets. Des fois, je ne connaissais pas tellement les frères et sœurs que je photographiais, et c’était bizarre de regarder les photos et d’interpréter leurs vies et leurs relations…

Tu as donc réussi à modeler la réalité et de créer une image que tu as imaginée seulement en prenant une photo et sans même la retoucher…

J’aime la neutralité, j’aime le naturel, c’est important pour moi que tout fonctionne au moment où tu prends la photo et non ce qui en résulte après. J’aime composer les images en fonction de ce qui est dans mon cadre et non sauver mes images avec Photoshop.

Quel est ton plus grand défi en tant que photographe?

Pour moi, la photo est une manière de fonctionner quotidiennement. Ça me force à sortir de ma tête et à aller chercher des choses que ce n’est pas tout le monde qui voit. Ce qui est important pour moi, c’est d’arriver à faire changer la vision des gens sur des lieux, des objets ou des personnes. Par exemple, mon projet de cours d’écoles : je passais devant les cours d’école sur Rachel et je me demandais c’était quand la dernière fois que je m’étais assis sur une balançoire. C’est quoi la récréation pour moi aujourd’hui? Le sentiment ressenti quand tu es assis dans ta classe, tu regardes la cloche, tu sais que tu vas jouer au ballon, tu capotes, t’as hâte, la récré s’en vient…Je n’ai pas trouvé d’équivalent dans ma vie d’adulte à ce feeling-là. Ce projet-là raconte le vide que j’éprouve par rapport à tout cela, et ça montre un autre aspect des cours d’écoles. Pour moi, la photo est un état psychologique dans lequel je peux entrer, développer ce que je pense, et en bout de ligne changer les choses.

Blogue de Danny G. Taillon

 

 

 

ENTREVUE: KATHERINE FORTIER

 

Katherine Fortier travaille comme rédactrice dans une boîte de communications, mais elle est surtout artiste à temps plein. Elle s’amuse à travailler les images qui nous bombardent chaque jour pour créer un univers où les codes se bousculent, où les perceptions s’amusent et se superposent dans une explosion de formes et de textures. Rencontre avec une fille au propos subtil et aux oeuvres éclatées.

Tu t’amuses beaucoup avec les images provenant des médias de masse, et tes oeuvres ont souvent l’air de publicités poussées à l’extrême dans lesquelles tu as mis des touches d’humour. Trouves-tu que la pub peut parfois devenir une caricature d’elle-même?

Certaines personnes réussissent effectivement à prendre des publicités et à en faire des caricatures, et parfois ce sont les pubs qui fonctionnent le plus. Personnellement, c’est davantage une image qu’une publicité qui m’intéresse. Collectivement, nous nous retrouvons avec des patterns d’images et je trouve ça vraiment intéressant. J’aime dénicher des images qui me fascinent, puis les pousser à l’extrême, les mettre ensemble, les faire déroger, se rencontrer… J’en viens à créer un bel univers.

Y-a-t-il des éléments conceptuels ou esthétiques qui t’interpellent davantage dans les médias de masse?

C’est sûr qu’il y a tout un phénomène de répulsion/attraction avec les médias de masse : il y a beaucoup d’éléments à critiquer, mais ça reste quand même un noyau entre nous tous, un lieu commun. C’est rassembleur.

Quel genre d’image t’interpelle le plus?

Je travaille beaucoup avec des images de guerre. C’est très paradoxal parce que dans les films, on esthétise beaucoup ce genre d’image et on vient à les trouver belles, mais c’est la guerre…Je travaille aussi avec des images de mode ou de photographes et j’essaie de voir comment je peux me propulser avec quelque chose de déjà existant.

Tu te bases aussi parfois sur tes propres photos…

Parfois, il me manque certains éléments pour mon œuvre, comme une texture par exemple, alors je crée une série de photos pour la compléter. En général, je fais cela assez librement sans savoir vraiment d’où je pars. Mon travail se fait de manière très intuitive.

Comment commences-tu une œuvre?

Ça me prend beaucoup de temps d’habitude. Je me laisse facilement emporter par les images sans être capable d’intervenir!

As-tu toujours été fascinée par les images?

J’avais 22 ans la première fois que je suis rentrée dans un musée. J’ai toujours aimé les images, la peinture, la vidéo, mais je suis entrée en arts à l’université à 26 ans après avoir travaillé en politique, en intervention avec des familles, en coopération internationale… Mais c’est vraiment l’art qui m’intéresse maintenant.

Y-a-t-il un événement qui ait propulsé ta démarche artistique?

L’université m’a beaucoup aidée puisque ça m’a obligée à toujours produire, à sortir de ma zone de confort, à changer de médium et de discours. Jamais je n’aurais pu imaginer aller en art, mais l’école m’a vraiment donné confiance en moi à ce niveau-là.

Y-a-t-il un artiste qui t’ait donné le goût de faire de l’art?

Le premier artiste local à me faire aimer la sérigraphie, c’est Jason Cantoro. Je ne comprenais pas comment il faisait ses images! La première œuvre que j’ai achetée avec mon copain est d’ailleurs de lui.

Jason Cantoro

Tu fais aussi de la vidéo et tu travailles beaucoup en stop-motion. Pourquoi?

J’aime travailler mes images sur Photoshop. Ça me permet de créer un univers qui n’est pas réel.

Parle-moi donc de ta vidéo « Il serait désormais inutile pour les soldats de rapiécer leurs habits ».

Je trouve ça drôle que dans les films de guerre, l’image qui est projetée des femmes soit toujours celle d’une personne en attente idyllique. Je voulais créer une histoire alternative à cette vision dans la même narration que les films de guerre. Mais j’aime construire quelque chose de subtil, je ne suis pas quelqu’un d’éclaté et ça se voit dans mon travail.

Visionner la vidéo

Y-a-t-il toujours un propos dans tes œuvres?

Même si je commence à faire quelque chose naïvement, je finis toujours avec un propos quelconque.

Quels-sont tes projets présentement?

Je travaille sur une série d’exercices artistiques avec le musicien Éric Couture-Telmosse, nous démarrerons un petit blogue éventuellement et on verra où ça s’en va. Sinon, j’aimerais développer un projet que j’ai commencé où j’ai enregistré des conversations ayant eu lieu lors de souper entre amis, puis je les ai sérigraphiées et j’ai fait des liens entre les mots et les idées. Je voulais comprendre comment on construit nos opinions, et en relisant les conversations et en reparlant avec mes amis à ce propos, toutes les idées étaient réactivées. J’aimerais en faire un one-year-project et y inclure plusieurs médiums.

Katherine Fortier sur Vimeo
Site Web de Katherine Fortier

ENTREVUE: JP KING, VISUAL ARTIST AND WRITER

A writer, illustrator and visual artist, JP King is a self-confessed print maniac. His collages and books tell crazy stories that blend weirdness, humour and sadness for strangely beautiful results. Founder of the Paper Pusher Print Works micropress, JP is going to spend the summer traveling and working on various creative projects that are going to lead him to… Yukon. Interview with a guy whose words and images always leave a mark.

How did you start making art?

I grew up as the only child of two photographers in Toronto. So as a kid instead of having me play with toys or do sports, my parents sat me down with a whole bunch of art supplies. I would make little monsters, ask my mother to draw things for me and shade them. So in a way it’s totally inherent and has been with me for as long as I can remember. On the other hand what I’m doing now mostly is making collages, which I really started doing after breaking up with a girlfriend from a very long relationship. It was one of the most therapeutic things that I could do: sit, relax and cut up paper.

How do you start a collage?

It depends on my mood and my place. I usually work on a couple collages at once, so it’s not like I’ve got an idea and I’m going to make one thing. I flip through magazines and go through all my resources, and I just find things that speak to me and begin to tell stories. And then I start chopping them out and lying them on the table and pair things up and find relationships between them. Usually I try to work in series. I went to school for writing, so my approach is probably very narrative and book-related. I usually work on four or five collages at once and try to find relationships between them. If I cut one character on one page, that character will become one collage but the cut-out will become another collage.

Do you sometimes create stuff that doesn’t have a story behind it?

Not so much. I think of a lot of my collages as having relationships between them, but I realized the other day that almost all of them are single figures. Sometimes you create art and it doesn’t really mean anything at the time, but after a while you realize that it’s capturing something. It’s human nature to find stories in things. We can’t help but trying to pick up details and link them together.

Weirdness or beauty?

Weirdness. I hope that in the end my collages end up being kind of beautiful, but I’m always striving for awkward body positions, or uncomfortable poses in the human figure. I think things that are grotesque, ugly or disgusting are often really fascinating. And that is what excites me and gets my imagination going more than purely beautiful things. But that’s kind of a difficult question, because even we take gross things like slaughterhouses and surgery, there are still beautiful things in them, right? And some flowers are disgusting… In the end, I try to find the beauty in the weird.

Do you take pictures sometimes?

Very rarely. For my collages, I have a very particular era for the aesthetic: I’m seeking for images from magazines between the 1940′s and the 1970′s. Images that come from Europe are often more interesting, because they don’t have the same kind of repertoire that we have here. Photographs that are taken now are always so clean, sharp and precise, I don’t like that. Trying to capture and reproduce reality as it is is not interesting to me. For example: people who are really into taking Facebook pictures of Saturday nights or pictures of vacation sunsets… Putting the camera between you and the experience always separates it and makes you strive to romanticize that moment. My experience is that the most memorable parts of my life are the moments that are in my head and that have not been photographed. I just entirely avoid documenting my life in that way.

You are also a writer. How do you use words to add power to images, and vice-versa?

In many ways I’ve approached my writing as a visual medium. People’s imaginations are so rich that they can find images in language. You almost can’t separate the two, even though they seem so distant. In my own practice and in making books, I always try to make an immediate link between the two, like using an image to further a narrative or a description to further an image. In many ways I think that my titles are very important for my work, not that I take them very seriously, but they give you some insight into that relationship.

Is there a political message in your art?

I was more explicit and didactic when I was younger, but I realized over time that it’s often kind of boring to have that approach, and when it’s really really straightforward, it’s almost too easy. What’s beautiful about art is that opportunity that you have to find a narrative. I try to leave my things a little bit more open ended. It’s a lot more meaningful if you find it yourself than if I hand it to you.

Your “Disassembled gun diagrams” are pretty political, but in a very funny way…

If you took all of the guns, took away all the parts you didn’t need and rearranged them all, what would happen? They would probably all either not work or explode or blow your hand off or kill you. And I kind of feel like that’s where we’re going. We have so much excess in our world, and we’re just mixing things willingly everyday and a lot of things are turning into deadly, awful things. So throughout it all I think that I have a critical sense of the world and I’m not particularly happy with where we are. But still: I’m a vegetarian and I don’t eat meat, but I’m not going to make art that is explicitly a vegetarian’s perspective.

What do you think are the strengths and weaknesses of humour in art?

Humour makes things a lot more digestible. Being able to use humour to undermine seriousness is a really important thing in our world because we’re so short-sighted on so many compromises that we make for our health, for our relationships, for the natural world… Humour forces you to pause and laugh and have a different emotional reaction about a subject.

Are there emotions that you particularly enjoy exploring in your work?

I think humour, sadness and weirdness are the major motivations in my work. To try and address sadness in a way that is very relatable is an interesting challenge because so often sadness separates people instead of bringing them together. I try to find humour in the weird and sad, and sadness in humour.

JP King website

 

ENTREVUE: ANNE BERTRAND, PHOTOGRAPHE

Le minimalisme est définitivement le dada d’Anne Bertrand, photographe de 18 ans et habitante fidèle de Saint-Jérôme. Affectionnant les paysages désaffectés, elle crée des images où la nostalgie règne et où la symétrie se fait belle. Rencontre avec une artiste talentueuse qui relègue définitivement la règle des trois tiers aux oubliettes.

Prends-tu seulement des photos en argentique?

J’ai complètement délaissé le numérique parce qu’il y a vraiment quelque chose de spécial avec l’argentique. Le contact avec l’appareil-photo est différent, et on a plus l’impression de faire de la photo pour vrai. Avec le numérique, j’ai l’impression de tricher. Le grain aussi est différent.

Quelle est la première photo coup-de-coeur que tu as prise?

C’était avec un Nikon P100, un bridge entre le réflex et le numérique. J’étais chez une de mes amies qui habite dans la montagne à Saint-Sauveur et c’était l’automne. Je suis juste allée dans la côte à côté de chez elle, et il y avait plein d’arbres et plein de brume…C’était ça, ma première photo que j’ai vraiment aimée. Mon amour des paysages était déjà présent à ce moment-là.

Il y a toujours un élément triste ou nostalgique dans tes photos…

J’aime vraiment les terrains vagues où l’on sait que des gens sont passés. Mes sujets de prédilection sont les lieux abandonnés, les terrains déserts, les plages. J’aime les grands espaces vastes où l’on voit des gens, mais de loin. Je trouve que ce ne sont pas des lieux qui son banals, l’ambiance y est encore plus palpable. C’est facile aussi d’y trouver un élément qui vient rehausser le tout. Dans la photo et dans la vie, j’aime tout ce qui est minimaliste, et j’essaie vraiment de ne pas faire de la photo qui est « trop, trop ». J’aime ce qui est épuré.

Il y a une photo que tu as prise aussi dans le bois, où il y avait un petit parasol et deux petites chaises, est-ce que c’était mis en scène?

Oui. Toutes les photos qui sont un peu plus mises en scène ont été prises avec Jay, un de mes amis qui étudie en art. Il amène tout le côté d’installation à ce que je fais. Cette forêt-là, avec plein d’arbres dénudés, on l’avait trouvée par hasard et on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose avec ça. Une fois, on était partis un soir en auto et on avait fait plein de séries photo. On s’était arrêtés dans une piscine pas encore ouverte à Prévost, et Jay était monté sur la chaise de sauveteur et m’avait photographiée en train de faire l’étoile dans l’eau, mais on dirait que je flotte dans le ciel. J’aime beaucoup être avec lui parce qu’on a un langage qui se complète bien, et je ne pense pas que j’aurais cette énergie-là toute seule. Tu ressens aussi de l’adrénaline quand tu sais que tu vas faire un shoot avec quelqu’un. Une fois, on a fait un shoot le soir avec des dessins de craie par terre, et on a appelé plein de monde pour les intégrer aux dessins.

Une fois, on était partis un soir en auto et on avait fait plein de séries photo. On s’était arrêtés dans une piscine pas encore ouverte à Prévost, et Jay était monté sur la chaise de sauveteur et m’avait photographiée en train de faire l’étoile dans l’eau, mais on dirait que je flotte dans le ciel. J’aime beaucoup être avec lui parce qu’on a un langage qui se complète bien, et je ne pense pas que j’aurais cette énergie-là toute seule

Tu ressens aussi de l’adrénaline quand tu sais que tu vas faire un shoot avec quelqu’un. Une fois, on a fait un shoot le soir avec des dessins de craie par terre, et on a appelé plein de monde pour les intégrer aux dessins.

Tes photos sont souvent symétriques, géométriques.

Je ne suis pas capable de respecter la règle des trois tiers. J’aime que ça soit centré. Je ne suis pas si cartésienne dans la vie, mais dans mes photos, il faut que ça soit droit, il faut que ça se tienne. Je veux que l’élément qui accroche soit dans notre face. Un élément dans le coin de la photo, je trouve ça archi-laid.

Tu habites à Saint-Jérôme…

Montréal, c’est beau à y flâner. Il y a beaucoup de gens qui font de la photo à Montréal, mais j’aime utiliser le fait que je vis à Saint-Jérôme. Je fais d’ailleurs une série sur Saint-Jérôme en ce moment, et il y a beaucoup de côtés à explorer: le nord, la nature, mais aussi les coins plus pauvres. Je suis sauveteur à la piscine municipale l’été, et ça aussi ça m’inspire beaucoup. L’eau avec le soleil dedans… Je veux aussi faire une série de portraits sur les usagers de la piscine cet été.

Quelle-est l’image la plus pitoyable que tu aies vue?

C’était une fille en robe de bal dans un bois avec un parapluie rouge. Il était écrit « Alice in Wonderland » en dessous. La fille avec sa robe qui vole au vent, son ombrelle, les branches qui tombent, retouchée au maximum avec une aura lumineuse ajoutée autour de la fille… C’était trop.

Quelle-est l’image la plus magnifique que tu aies vue?

Les photographies de Massimo Vitali. Il photographie les plages de loin, avec tout plein de gens, mais on dirait qu’ils sont en miniature. La plus belle, c’est dans une falaise, peut-être en Norvège ou en Islande, il y a un amoncèlement de gens mais tout petits, à leur place, avec des étangs d’eau bleue autour. Ils sont petits dans la splendeur.

Photo: Massimo Vitali

 

Y-a-t-il des choses qui ne t’inspirent absolument pas?

Les fleurs. L’autre fois, je suis allée avec un ami au jardin botanique pour photographier les végétaux. Lui, il photographiait plein de trucs, mais moi, ça ne m’appelle pas. Quand je suis allée dans un parc de glissades d’eau désaffecté, là je disais « WOW ».

Qui sont les photographes qui t’inspirent?

Stefan Ruiz, Diane Arbus, Lynne Cohen, Rineke Dijkstra, Massimo Vitali.

As-tu toujours été interpellée par la beauté?

Quand j’étais petite, je dessinais beaucoup. Je faisais imprimer des portraits de gens, des stars, des joueurs de hockey. J’ai toujours apprécié les belles personnes.

Blogue d’Anne Bertrand